Un marché public de gardiennage se joue rarement sur le prix seul. Il se perd beaucoup plus souvent sur une pièce manquante, un mémoire technique bâclé, ou un tarif calculé de tête qui place l'agence sous son prix de revient dès la première heure facturée.

Ce guide suit l'ordre réel des opérations : trouver la consultation, décider d'y répondre, constituer le dossier, chiffrer, puis attendre.

1. Où trouver les consultations

Trois sources couvrent l'essentiel de la commande publique en sécurité privée.

Le BOAMP publie les avis des acheteurs publics français. C'est la source la plus complète, et elle est gratuite. Le JOUE reprend les marchés dépassant les seuils européens. Enfin, chaque acheteur dispose d'un profil d'acheteur — une plateforme où le dossier de consultation se télécharge et où l'offre se dépose.

Le montant estimé du marché détermine ce que l'acheteur est tenu de publier.

Montant estimé (HT)ProcédurePublicité obligatoire
Moins de 60 000 €DispenseAucune — l'acheteur consulte qui il veut
60 000 à 140 000 €Procédure adaptéeLibre, souvent BOAMP
Plus de 140 000 € (État)FormaliséeBOAMP et JOUE
Plus de 216 000 € (collectivités)FormaliséeBOAMP et JOUE

Seuils applicables du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027. Source : direction des affaires juridiques, ministère de l'Économie.

Le changement de 2026 à retenir

Le seuil de dispense de publicité est passé de 40 000 à 60 000 € HT au 1er avril 2026. Concrètement, une part croissante des marchés de gardiennage échappe désormais à toute publication : l'acheteur consulte directement les agences qu'il connaît. Être référencé et joignable devient déterminant.

2. Lire le dossier avant de décider

Le dossier de consultation des entreprises, ou DCE, contient tout ce qu'il faut pour savoir si le marché vous convient. Cinq pièces méritent d'être lues avant d'engager le moindre temps de rédaction.

  • Le règlement de la consultation : critères, pondération, date limite, forme de la réponse. C'est la règle du jeu.
  • Le cahier des clauses techniques : nombre de postes, amplitude horaire, qualifications exigées, moyens matériels.
  • Le cahier des clauses administratives : durée, pénalités, révision des prix, conditions de résiliation.
  • Le bordereau de prix : la structure imposée de votre chiffrage.
  • L'acte d'engagement : le document que vous signez.

3. Trois raisons de ne pas candidater

Répondre coûte entre deux et cinq jours de travail. Autant les investir sur les consultations que vous pouvez gagner.

Vous ne couvrez pas la zone. Un site à quarante minutes de vos agents disponibles génère des frais de déplacement et rend le remplacement d'urgence impossible. Un absentéisme mal couvert produit des pénalités qui effacent la marge.

Le volume dépasse votre effectif. Un marché exigeant douze agents quand vous en employez quinze vous rend dépendant d'un seul client. Sa perte à l'échéance suivante devient un risque vital.

Le prix plafond est sous votre prix de revient. Certains bordereaux imposent un maximum. S'il est inférieur à votre coût réel, aucun volume ne compensera : vous perdrez de l'argent à chaque heure travaillée.

4. Constituer le dossier

Deux enveloppes : la candidature, qui prouve que vous avez le droit et les moyens d'exécuter, et l'offre, qui décrit ce que vous proposez.

Pour la candidature, les formulaires DC1 et DC2 restent la norme, sauf si l'acheteur impose le DUME, son équivalent européen dématérialisé. S'y ajoutent les attestations fiscales et sociales de moins de six mois, l'attestation d'assurance responsabilité civile professionnelle, l'extrait Kbis, et surtout l'autorisation d'exercer délivrée par le CNAPS — sans elle, la candidature est irrecevable.

Ce qui élimine le plus souvent

Une attestation périmée. Les documents fiscaux et sociaux ont une validité de six mois : un dossier constitué en janvier et déposé en août est rejeté sans examen du contenu. Vérifiez les dates la veille du dépôt, pas le jour de la rédaction.

5. Le mémoire technique

C'est la pièce qui fait gagner. Le prix vous place dans la course ; le mémoire vous distingue de l'agence qui a proposé le même tarif.

Une structure qui fonctionne :

  1. Compréhension du site — montrez que vous l'avez visité. Nommez les accès, les flux, les horaires sensibles. Un acheteur reconnaît immédiatement un mémoire écrit sans être venu.
  2. Organisation du dispositif — postes, relèves, effectif total nécessaire une fois les congés et l'absentéisme intégrés.
  3. Encadrement — qui contrôle, à quelle fréquence, avec quel compte rendu.
  4. Recrutement et formation — comment vous garantissez les qualifications exigées, et comment vous remplacez un agent absent.
  5. Matériel et transmissions — équipement fourni, main courante, liaison avec le donneur d'ordre.
  6. Gestion des incidents — procédures écrites, escalade, délai d'intervention.
  7. Démarche qualité — indicateurs suivis, réunions de suivi.

Les critères sont pondérés dans le règlement de la consultation. Sur les marchés de gardiennage, la répartition la plus fréquente accorde 40 à 60 % au prix et 30 à 45 % à la valeur technique. Consacrez à chaque chapitre un effort proportionnel à son poids affiché.

6. Chiffrer sans se tromper

C'est là que se jouent les marges du secteur, comprises entre 2 et 3,7 % en moyenne. Une erreur de cinquante centimes sur le taux horaire suffit à transformer un marché rentable en perte sèche.

Le calcul part du salaire conventionnel, pas du taux de vente souhaité.

PosteMontantCumul horaire
Salaire brut, coefficient 12012,42 €/h12,42 €
Charges patronales (environ 42 %)5,22 €17,64 €
Absentéisme, congés, formation (environ 8 %)1,41 €19,05 €
Encadrement et frais de structure (environ 12 %)2,29 €21,34 €
Prix de vente minimal, marge 6 %1,28 €22,62 €

À ce socle s'ajoutent les majorations conventionnelles : nuit, dimanche, jours fériés. Un poste de nuit en semaine ne se facture pas au même prix qu'un poste de jour, et un dispositif couvrant les fériés doit intégrer les onze jours de l'année.

Notre calculateur de prix de revient horaire effectue ce calcul avec les majorations à jour de la convention collective. Le calculateur d'effectif donne le nombre d'agents réellement nécessaires pour tenir un poste en continu.

7. Après le dépôt

L'analyse prend généralement de quatre à huit semaines. À l'issue, vous recevez une notification d'attribution ou de rejet.

En cas de rejet, vous pouvez demander les motifs : l'acheteur est tenu de communiquer les caractéristiques de l'offre retenue et votre classement. C'est une information gratuite et précieuse — elle vous dit si vous avez perdu de trois points ou de trente, ce qui ne se corrige pas de la même façon.

Un délai de suspension, généralement de onze jours, sépare la notification de la signature. Il permet d'introduire un recours si vous constatez une irrégularité.

Et les consultations privées

La commande publique n'est pas le seul débouché. Les entreprises, syndics et bailleurs consultent aussi, sans obligation de publicité, avec des dossiers plus courts et une concurrence nettement plus restreinte. Nous les comparons dans notre article sur les appels d'offres privés en sécurité.

Pour comprendre la structure du marché — volumes, marges, nombre de candidats — voyez notre analyse des appels d'offres publics dans le gardiennage.

Vous pouvez consulter les consultations publiques en cours et les demandes privées déposées sur Séprogard.

Questions fréquentes

Faut-il l'autorisation CNAPS pour candidater ?

Oui. L'autorisation d'exercer délivrée par le CNAPS est une condition de recevabilité, pas un élément d'appréciation. Sans elle, la candidature est écartée avant tout examen. Notre article sur l'agrément CNAPS détaille la procédure.

Peut-on répondre à plusieurs lots ?

Oui, sauf mention contraire dans le règlement de la consultation. L'allotissement permet justement aux structures moyennes d'accéder à des marchés qu'elles ne pourraient exécuter en totalité.

Combien de temps faut-il pour monter un dossier ?

Entre deux et cinq jours ouvrés pour une première réponse, moins ensuite : les pièces administratives et la trame du mémoire se réutilisent. C'est le chiffrage et l'adaptation au site qui demandent le plus de soin.

Un marché public paie-t-il plus vite qu'un client privé ?

Généralement oui. Le délai de paiement des acheteurs publics est encadré à trente jours, et le risque d'impayé est faible. C'est l'un des rares avantages de trésorerie de la commande publique, à mettre en balance avec des marges plus serrées.