Quand une agence de sécurité parle d'appels d'offres, elle pense au BOAMP. C'est compréhensible : la commande publique est visible, structurée, et ses avis sont gratuits à consulter.

Mais une part importante du marché ne passe jamais par là. Les entreprises, syndics de copropriété, bailleurs et sites logistiques consultent sans aucune obligation de publicité. Ces consultations existent, elles sont nombreuses, et elles se disputent entre trois ou cinq candidats plutôt qu'entre douze.

Ce qu'est une consultation privée

Un donneur d'ordre privé n'est soumis à aucune règle de publicité ni de mise en concurrence. Il applique la liberté contractuelle : il consulte qui il veut, selon les critères qu'il veut, et retient l'offre de son choix sans avoir à la motiver.

Cette liberté a deux conséquences opposées. Elle rend le processus plus rapide et plus direct. Elle le rend aussi moins prévisible : les critères ne sont pas toujours explicites, et la décision peut se jouer sur un élément que vous n'aviez pas anticipé.

Qui consulte

  • Syndics de copropriété — gardiennage d'ensembles résidentiels, rondes nocturnes, gestion des accès.
  • Bailleurs privés — surveillance de parcs immobiliers, souvent en complément d'un dispositif public.
  • Sièges sociaux et immeubles de bureaux — accueil-filtrage, contrôle d'accès, poste de sécurité.
  • Sites logistiques et industriels — gardiennage permanent, contrôle des flux de marchandises.
  • Commerces et centres commerciaux — prévention des vols, sécurité incendie, gestion des ouvertures.
  • Événementiel privé — salons, séminaires, tournages.

Public et privé : le comparatif

Marché publicConsultation privée
PublicitéObligatoire au-delà de 60 000 €Aucune
Nombre de candidatsSouvent plus de dixTrois à cinq
Pièces à fournirDC1, DC2 ou DUME, attestations, mémoireOffre, références, agrément CNAPS
Délai de réponseTrente jours minimum en procédure formaliséeUne à deux semaines
CritèresPubliés et pondérés à l'avanceLibres, parfois implicites
NégociationEncadrée, souvent excluePossible et fréquente
Délai de paiementTrente jours, encadréVariable — à vérifier avant de s'engager
Durée du contratUn à quatre ansSouvent un an, reconductible
Motivation du rejetObligatoire sur demandeAucune obligation

Le vrai avantage : le nombre de candidats

C'est le facteur le plus déterminant, avant même le prix. À qualité d'offre comparable, vos chances dépendent mécaniquement du nombre de concurrents.

SituationCandidatsProbabilité à qualité égale
Marché public urbain12environ 8 %
Consultation privée large5environ 20 %
Consultation privée restreinte3environ 33 %

Ce tableau est un calcul de probabilité à qualité d'offre égale, non une statistique observée. Il illustre l'effet mécanique du nombre de candidats.

Le rapport est de un à quatre. Pour un temps de préparation deux fois moindre, une consultation privée offre une probabilité de succès quatre fois supérieure.

Ce que le donneur d'ordre privé regarde

Les critères diffèrent sensiblement de ceux de la commande publique.

La réactivité. Un syndic qui appelle à vingt-trois heures parce qu'un agent ne s'est pas présenté attend une réponse, pas une procédure. La capacité à remplacer dans l'heure vaut souvent plus qu'un euro de moins sur le taux horaire.

L'encadrement de proximité. Un responsable identifié, joignable, qui connaît le site. Les grands groupes perdent régulièrement des marchés privés sur ce point précis.

Les références locales. Un site comparable à dix minutes vaut mieux qu'un prestigieux marché national. Le donneur d'ordre privé appelle vos références — c'est fréquent, et rapide.

La stabilité des équipes. Un client privé voit les mêmes agents tous les jours. Une rotation permanente lui fait conclure que le prestataire ne tient pas ses effectifs.

Répondre à une consultation privée

Le dossier est plus court, mais l'exigence de fond reste la même.

  1. Une offre chiffrée claire — poste par poste, avec les majorations distinguées. Un tarif unique masquant les nuits et dimanches suscite la méfiance.
  2. Vos qualifications — autorisation CNAPS, cartes professionnelles, qualifications SSIAP si le site l'exige.
  3. Deux ou trois références comparables — avec un contact joignable, pas seulement un nom d'entreprise.
  4. Votre organisation de remplacement — c'est la question qui revient systématiquement.
  5. Une attestation d'assurance à jour.

Le chiffrage suit exactement la même logique que pour un marché public : partir du salaire conventionnel, ajouter charges, absentéisme et encadrement. Notre calculateur de prix de revient vous donne le seuil sous lequel une prestation n'est plus viable.

Une vérification à ne pas négliger

Contrairement à un acheteur public, un donneur d'ordre privé peut ne pas payer. Avant de vous engager sur un contrat significatif, vérifiez la santé financière de l'entreprise. Un marché gagné chez un client insolvable coûte plus cher qu'un marché perdu.

Où les trouver

C'est la difficulté du marché privé : ces consultations ne sont publiées nulle part. Elles circulent par relation, par annuaire professionnel, ou par des plateformes spécialisées.

Séprogard reçoit des demandes déposées directement par des entreprises, syndics et bailleurs, consultables depuis la page appels d'offres privés. Un donneur d'ordre peut également déposer sa consultation gratuitement et recevoir des propositions comparables d'agences agréées.

Pour la méthode complète côté commande publique, voyez notre guide de réponse aux appels d'offres publics et notre analyse du marché du gardiennage public.

Questions fréquentes

Une consultation privée est-elle moins sérieuse qu'un marché public ?

Non, mais elle est moins encadrée. Le donneur d'ordre n'a pas à motiver son choix ni à respecter un formalisme. En contrepartie, la relation est plus directe et la négociation possible.

Peut-on négocier son prix ?

Oui, c'est même fréquent. Un donneur d'ordre privé revient volontiers vers deux ou trois candidats pour ajuster. Cette possibilité n'existe presque jamais en procédure formalisée publique.

Faut-il l'agrément CNAPS pour une consultation privée ?

Oui. L'autorisation d'exercer délivrée par le CNAPS est une obligation légale pour toute activité de sécurité privée, quel que soit le client. Un donneur d'ordre qui contracte avec une entreprise non autorisée s'expose lui aussi. Voyez notre article sur l'agrément CNAPS.

Le privé paie-t-il mieux que le public ?

Les tarifs sont souvent légèrement supérieurs, la concurrence étant moindre. Mais le délai de paiement est moins sûr et la durée d'engagement plus courte. À arbitrer selon votre trésorerie.