Combien pèse réellement la sécurité privée en France ? Qui sont les acteurs ? Pourquoi les entreprises peinent-elles à recruter alors que le chiffre d'affaires progresse de 10 % par an ? Voici l'état du marché du gardiennage et de la sécurité, chiffres à l'appui.

11,12 Md€de chiffre d'affaires de la branche en 2023
5 012entreprises recensées dans le secteur
210 500salariés fin 2023, en hausse de 2,5 %

Un marché en croissance soutenue

Le secteur de la prévention et de la sécurité a généré 11,12 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2023, en progression de 10 % sur un an selon le Rapport de Branche 2025. Cette croissance dépasse nettement la moyenne européenne du secteur, estimée autour de 3,6 % par an.

Deux moteurs expliquent cette dynamique : la préparation des grands événements sportifs, qui a mobilisé des effectifs considérables, et une demande structurelle croissante des entreprises privées face aux risques d'intrusion, de démarque et de malveillance.

Une dépendance nette au marché privé

Les marchés privés représentent 86 % du chiffre d'affaires de la branche, contre 14 % pour la commande publique. Le secteur suit donc d'abord le cycle économique des entreprises, et non les budgets publics.

Le gardiennage, cœur du marché

Toutes les activités de sécurité ne pèsent pas le même poids. La surveillance humaine reste très largement dominante.

Répartition du chiffre d'affaires par segment
Gardiennage et surveillance humaine66 % · 7,34 Md€
Autres activités : télésurveillance, sûreté aéroportuaire, transport de fonds, cynophile34 % · 3,78 Md€

Source : Rapport de Branche 2025, données 2023. Le gardiennage concentre les deux tiers de l'activité, ce qui explique la sensibilité du secteur au coût de la main-d'œuvre.

Un tissu économique très fragmenté

C'est la caractéristique la plus marquante du secteur : sur 5 012 entreprises recensées, deux tiers sont des TPE de moins de dix salariés. Ces petites structures ont enregistré une croissance de 21 % de leur chiffre d'affaires en un an, tandis que les entreprises de taille intermédiaire reculaient.

Parallèlement, la concentration reste forte au sommet : les sociétés de plus de 500 salariés réalisent environ la moitié du chiffre d'affaires total. Le marché combine donc une poignée de grands groupes et une multitude de très petites structures, avec un ventre mou fragilisé.

IndicateurValeur 2023Ce que cela signifie
Chiffre d'affaires de la branche11,12 Md€ (+10 %)Croissance supérieure à la moyenne européenne
Nombre d'entreprises5 012Dont deux tiers de moins de 10 salariés
Effectif salarié210 500 (+2,5 %)Croissance des emplois plus lente que celle du CA
Part du gardiennage66 %Activité dominante, très intensive en main-d'œuvre
Part de la sous-traitance9,5 % du CARetour au niveau de 2016
Concentration géographique43,6 % en Île-de-FranceDéséquilibre territorial marqué

Le vrai problème : la fidélisation, pas le recrutement

Les chiffres de l'emploi révèlent une réalité que le seul solde net masque. En 2023, la branche a enregistré 193 000 embauches pour 185 000 départs — soit un flux annuel équivalent à 92 % de l'effectif total, pour un gain net d'environ 8 000 postes.

Les signaux d'alerte
  • 30 % des agents ne renouvellent pas leur carte professionnelle après cinq ans
  • 70 % des embauches se font en CDD
  • 2,5 % seulement sont converties en CDI
  • Durée moyenne d'emploi dans le secteur : 5,5 ans
  • Déficit estimé de 10 000 à 20 000 postes non pourvus
Les leviers identifiés
  • Revalorisation conventionnelle de 2,8 % en 2026
  • Professionnalisation par la formation certifiante
  • Stabilisation des plannings et des vacations
  • Passage en CDI dès la fin de période d'essai
  • Valorisation des qualifications SSIAP et cynophile

La tension salariale explique largement ce phénomène. Un agent débutant au coefficient 120 perçoit 1 883,85 € brut mensuels en 2026, contre 1 823,03 € pour le SMIC : l'écart, d'une soixantaine d'euros, peine à compenser les contraintes du métier — travail de nuit, week-ends, mobilité, isolement sur poste.

Ce que cela change pour un donneur d'ordre

Trois conséquences pratiques découlent de cette structure de marché.

La sous-traitance mérite une attention particulière. Représentant 9,5 % du chiffre d'affaires, elle est souvent légitime, mais doit être contractuellement encadrée : exigez la liste des sous-traitants et leurs autorisations. Notre outil permet de vérifier gratuitement une entreprise de sécurité.

Le turn-over affecte la qualité de service. Un prestataire capable de fidéliser ses agents assure une meilleure connaissance de votre site. Interrogez vos candidats sur leur ancienneté moyenne et leur taux de CDI.

Un tarif trop bas est un signal, pas une opportunité. Avec une activité aux deux tiers composée de main-d'œuvre et des marges d'exploitation généralement comprises entre 2 et 4 %, aucune entreprise ne peut durablement facturer sous son prix de revient sans rogner sur les obligations sociales.

Perspectives

Trois évolutions structurent les prochaines années : la poursuite de la professionnalisation sous l'impulsion du CNAPS, la montée en puissance des technologies de télésurveillance et de levée de doute à distance, et une probable consolidation du tissu de TPE, dont beaucoup peinent à absorber les hausses de charges.

Pour approfondir, consultez notre point sur l'actualité réglementaire du secteur, notre analyse de la convention collective, ou notre guide pour choisir une entreprise de gardiennage.

Sources

Les données citées proviennent du Rapport de Branche 2025 de la branche prévention-sécurité (données 2023), des travaux de France Travail et du Groupement des Entreprises de Sécurité publiés en mars 2025, et des publications du CNAPS. Les salaires minimums sont issus de la convention collective IDCC 1351.

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Questions fréquentes

Combien d'entreprises de sécurité privée existe-t-il en France ?

La branche recense 5 012 entreprises, dont deux tiers emploient moins de dix salariés. S'y ajoutent plusieurs milliers d'agents exerçant sous statut indépendant.

Le secteur recrute-t-il vraiment ?

Oui, massivement : 193 000 embauches en 2023. Mais le nombre de départs étant presque équivalent, la difficulté porte davantage sur la fidélisation que sur l'attractivité initiale.

Pourquoi les tarifs varient-ils autant d'un prestataire à l'autre ?

Les écarts s'expliquent par la qualification des agents, la prise en compte des majorations conventionnelles, le recours ou non à la sous-traitance et le niveau d'encadrement. À prestation équivalente, un écart important doit être justifié.

L'Île-de-France concentre-t-elle vraiment l'activité ?

Plus de 43 % des salariés de la branche y exercent, ce qui reflète la densité des sites tertiaires, commerciaux et événementiels de la région.